Au gré de lectures : Mudimbe Vumbi Yoka ou Valentin-Yves Mudimbe, Réflexions sur la vie quotidienne

le

Docteur en philosophie et docteur ès lettres (Louvain, 1970). – Professeur de littérature comparée et d’anthropologie, Duke university, Durham, N.C. (en 1994). – A changé ses prénoms à la suite de la loi zaïroise sur l’authenticité (Mobutu)

Il est parfois des moments qui vous surprennent lorsque vous découvrez l’un ou l’autre texte. C’est le cas pour l’auteur en question qui décrit un couple de vieux dans un bar. A une certaine époque, j’avais aussi décrit un couple semblable dans un restaurant…

(Extrait)

« Ils sont vieux, usés, secs, se traînent comme de vieux meubles qu’on bousculerait. Ils semblent fatigués de cette marche apparemment sans but qui les a conduits jusque dans ce bar où la brutalité des néons, le vacarme d’une musique indiscrète, les rires jeunes paraissent s’élever contre eux. Ils furent naguère jeunes, amoureux, rêvèrent de puissance. Arides et sceptiques, ils traînent à présent leur lassitude dans la nuit à la recherche de diversions qui ressusciteraient une ardeur désabusée. Mais leur fatigue, leur âge, les transforment en spectres. La fièvre des jeunes les rejette sans pitié dans une torpeur au ton de leurs yeux et marquée par l’effroi d’une décomposition.

Je ne pensais pas que mon intérêt pour ce couple me démolirait à ce point. Peut-être ai-je été trop naïf devant leur misère. Non point que je le regrette, mais il me semble soudain que ce qui habituellement est prélude à une rencontre amicale s’est imposé à moi comme tristesse. Ce vieux couple errant dans la nuit présentait par trop clairement un appel à la charité malsaine pour que je ne m’interroge pas sur l’écœurement qu’il suscitait chez les jeunes.

Le plus accablant était la barrière discrète, mais nette qu’établissait leur présence : la jeunesse contre la vieillesse, l’insouciance contre le dénuement, la vie contre la décomposition. Et je me suis surpris à me demander si ces deux petits vieux ne s’imposaient pas d’une manière par trop impudique pour que les inquiets parmi les jeunes ne résistent pas à la tentation de se justifier devant eux-mêmes par un don distrait d’une poignée d’arachides ou d’un verre de bière.

La fange nocturne n’était plus simplement dans cette nuit où j’ai découvert brutalement que ce café où je prenais le frais était emporté dans un vertige, mais singulièrement dans la complicité qui réunissait les regards méprisants des jeunes face à la résignation coquette de ce vieux couple. Surprise de se sentir asservi à soi, à sa vigueur, au présent, et de percevoir que cet avertissement protège souvent de la justice grâce à des charités attendries.

Je fus, je suis, je serai n’était plus une question de grammaire. Face à ces deux visages fripés, je voulais une promesse formelle de leur résurrection. Peur d’un vertige qu’entretenait ma propre pensée ? Conscience de l’inanité de mes plaisirs face à l’éclat souillé de nos jeunesses ? Quelle signification donner à cette folie qu’est notre jeunesse enlisée dans le refus du temps qui est aussi un refus du désespoir des autres ? Ce que nous pouvons être “sales” du fait de notre joyeuse insouciance, de la force de notre santé, des promesses de notre avenir !

Un jeune homme fit entrer un jour Diogène dans une maison riche et lui dit : “surtout, ne crache pas par terre”. Diogène qui avait envie de cracher lui lança son crachat au visage, en lui disant que c’était le seul endroit sale qu’il eût trouvé et où il pût le faire.

S’ils en avaient la force et le courage, ces vieux que nous rencontrons ne nous cracheraient-ils pas au visage ? »

Quant à moi, en son temps, voici ce que je décrivais…

5 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Freddy Mudimbi dit :

    Quel message peut-on saisir du texte ci-dessus ?

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    1. FS dit :

      Une fracture entre la jeunesse et les aînés ?

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  2. Juhudi dit :

    Quelle est l’idée que j’ai peux retenir pour la quatrième strophe

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    1. FS dit :

      « je ne pensais pas que… » seul l’auteur le sait

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  3. Juhudi dit :

    Quelle est l’idée de la strophe 4

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