Un petit tour au Cameroun avec Mongo Beti : « que feras-tu après tes études ? »

le

Alexandre Biyidi Awala, Eza Boto ou Mongo Beti…

Dans son ouvrage « Mission terminée », le personnage de Medza, étudiant, passe une partie de ses vacances dans le village de son oncle en pleine brousse. Lors de la veillée, il doit répondre aux questions des familles…

« Frère, dit l’homme qui ne devait pas être vieux, frère, quel genre de travail feras-tu après tes études ? Et en général quel genre de travail feront tous ces jeunes qui sont à l’école avec toi ?… »

Oui, qu’est-ce que je ferais après mes études ? Et mes études elles-mêmes ; jusqu’où iraient-elles ? Vous souvient-il, nous avions plusieurs fois envisagé des tas de carrières : médecin, professeur, avocat, etc., mais y croyions-nous ?

Je n’avais vraiment étudié que parce que mon père ambitionnait que j’eusse toujours plus de diplômes, sans que lui-même pût s’inquiéter du port où ils pouvaient me conduire. Bref, si l’on m’avait forcé à aller à l’école, je m’étais arrangé pour l’accommoder à ma sauce, j’en avais fait une distraction, un jeu. Toutes ces pensées me traversèrent l’esprit en deux ou trois secondes.

« Nous exercerons toutes les professions, répondis-je sans trop de conviction. Nous enseignerons dans les écoles comme celle où je suis…

  • Même s’il y a des enfants blancs dans ces écoles ?
  • Oui, même s’il y a des enfants blancs dans ces écoles. »

L’homme, de ses deux mains, fit un claquement sec pour dire son étonnement.

  • « Et que ferez-vous encore ? » demanda-t-il.

Il se trouvait dans une zone d’ombre et je ne pouvais l’apercevoir, malgré mon désir de connaître le visage de cet homme qui me torturait… J’étais à bout, je pensai crier grâce ou pitié, ou je ne sais quoi.

  • « Ma foi, fis-je embarrassé, nous rendrons la justice… nous travaillerons dans les bureaux… nous ferons des tas de choses… »

C’est le chef qui parla ensuite : « vous ne serez donc pas des chefs comme moi ?…

  • Oh ! Non » répondis-je… Le chef parut ulcéré et, comme si j’avais paru mépriser ses fonctions, il me demanda agressivement : « Mais, pourquoi donc ? Pourquoi pas ? Pourquoi, hein ?
  • Chef, dis-je en riant, la chefferie est héréditaire, elle ne se donne pas à l’école.
  • Ah bon ! » fit-il rassuré.

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