La chronique du 26 mai 2022 : la corruption, fléau mondial ?

En mode réflexion sur la corruption, nous nous sommes permis de reprendre un texte du béninois Cosme Zinsou Quenum. Nous l’avons quelque peu édulcoré afin de faciliter la lecture au plus grand nombre (sic).

Si le dicton dit que « les dons renforcent l’amitié », aucune région du monde n’est à l’abri des dangers de la corruption. Il s’agit d’un type de relation humaine particulier qui épouse une dimension universelle.

Le processus repose sur un accord entre deux personnes l’une le corrupteur aspire à des avantages sollicitant le service de l’autre, le corrompu qui espère recueillir le fruit indu de la prestation (rétribution, argent, cadeau,  plaisir etc…). Des deux côtés, il y a compensation de la demande et de l’offre même si les valeurs reconnues à l’interaction ne s’équivalent pas au terme de l’échange.

«  La corruption est une rétribution illicite ou tout autre comportement à l’égard des personnes investies de responsabilité dans le secteur public ou le secteur privé qui contrevient aux devoirs qu’elles ont en vertu de leur statut d’agent d’Etat d’employé du secteur privé, d’agent indépendant ou d’un autre rapport de cette nature et qui vise à procurer des avantages indus de quelque nature qu’ils soient pour eux-mêmes ou pour un tiers ». – Conseil de l’Europe.

Cette définition semble la plus exhaustive dans la mesure où elle embrasse les détails importants sur la nature du phénomène en mettant l’accent sur des notions qui posent le caractère juridique en vertu duquel il faut recourir à une désapprobation morale et à une sanction pénale. Ces expressions sont : ‘’rétribution illicite’’, ‘’personnes investies de responsabilité’’, ‘’qui contrevient aux devoirs’’ ‘’procurer des avantages indus’’ etc.

L’UNESCO, quant à elle, a étudié plus particulièrement la corruption dans l’éducation. Elle la définit comme « une utilisation systématique d’une charge publique pour un avantage privé qui a un impact significatif sur la disponibilité des biens et services éducatifs et, en conséquence sur l’accès, la qualité ou l’équité de l’éducation ».

La corruption dans les coulisses de la société

La cause profonde: L’attrait du gain facile est-il le facteur premier déterminant la cause fondamentale de la corruption ? Celle-ci révèle–telle purement et simplement la nature immorale des personnes vénales ?

Au  départ, on éprouvait la difficulté de situer la frontière entre le réel et l’incertain parce que faisant don à quelqu’un, on lui fait plaisir et on se fait plaisir à soi-même sans ressentir aucune contrainte. A présent, il se trouve que la corruption apparaît chaque fois que la frontière entre la logique administrative d’intérêt général et la logique économique d’intérêt privé s’estompe, disparaît et s’opère progressivement chez ceux qui sont liés par le respect des lois de la fonction publique l’adoption du sens des affaires dicté par l’esprit de la réussite et de l’enrichissement. C’est donc la contagion exercée par le secteur privé gagné par une forme de libéralisme excessif qui commande le goût de lucre qui incite à la corruption.  Ainsi l’enrichissement est la notion-clé qui encourage la corruption et assiste-t-on au passage des moins au plus. Les gens du premier camp l’acceptent  parce qu’elle facilite les choses, leur permet de profiter de passe-droit. Ceux du second, les entrepreneurs privés justifient le versement de sommes importantes aux dirigeants politiques du Tiers-Monde par la nécessité de favoriser la balance commerciale. Ce processus accroît la corruption dans ce pays où les entreprises occidentales tentent de s’assurer de gros profits sur les richesses naturelles de ces derniers.

La corruption, entrave à la liberté démocratique

En démocratie, le peuple est sollicité pour participer à la vie politique c’est-à-dire qu’il est appelé à prendre part aux manifestations de la chose publique :’’ La res publica’’, la république. En d’autres termes, la démocratie n’est possible ni en monarchie ni en despotisme ; elle n’est applicable qu’en République. Qu’en est-il alors du concept d’égalité reconnue à la démocratie et à la république ? En démocratie, le peuple ne prête son concours que par le biais des élections où il contribue à déléguer ses pouvoirs à ses représentants élus selon le principe de la majorité arithmétique ou majorité acquise par le candidat élu sur la base des données calculées, ce qui sous-entend que par son accord, il acquiesce au principe de la liberté démocratique. La République quant à elle, pose le principe de l’égalité juridique de tous les citoyens dans la gestion de la chose publique (égalité dans la liberté, dans la sécurité, dans l’éducation, dans le civisme etc.…).Dès lors, toute tentative de corruption au sein du régime démocratique porte atteinte au principe fondamental de la démocratie, l’égalité d’accès des citoyens aux marchés, aux emplois, aux services publics sans autres considérations que la capacité, le mérite, la compétence.

La corruption décrédibilise l’égalité légale acquise au sein de la République pour le compte  de la liberté des citoyens et qui devient ainsi l’expression de la liberté consignée dans l’euphorie des groupes sociaux et suppose donc un équilibre que risquent toutefois de perturber les inégalités sociales. La plupart des fonctionnaires corrompus sont souvent de rang modeste. Citons des exemples révélateurs comme le gardien de prison qui facilite les contacts des détenus avec l’extérieur, l’agent de la préfecture de police empreint de favoritisme à l’égard d’un individu en quête des documents nécessaires à la libre circulation sur le territoire qu’il habite.

A vrai dire, l’activité des hommes est sociale dans la mesure où du fait de la signification subjective que l’individu lui attache elle tient compte du comportement des autres et en est affectée dans son cours. Le choix de la profession serait déterminé par les particularités mentales que conditionnent le milieu et le type d’éducation reçue. La question véritable est de savoir de quelle éducation il s’agit : celle reçue au sein de sa famille ou celle dispensée dans la masse ? Celle-ci peut être diversement appréciée, soit qu’elle se confond avec la première, soit qu’elle prend un caractère civique. Mais que dire de l’idéologie empruntant les contours d’une éducation de masse  à laquelle on donne habilement les traits d’une éducation civique ?

Il s’agit, en fait, d’opinions toutes faites semblables à des clichés, et qui peuvent être mécaniquement répétées sans avoir de fondement dans la réalité objective. Parfois ces représentations stéréotypées que l’individu ne reçoit pas de son expérience personnelle mais du milieu ambiant qui les lui communique inconsciemment pour en faire des certitudes inébranlables finissent par entrer en conflit avec l’éducation familiale.

Mais si la démocratie prône la vertu, la sagesse et une large part à la liberté, quel moyen propose-t-elle pour l’éradication de la corruption ? Le sociologue Max Weber avait établi un lien étroit entre la corruption et la démocratie laissant entendre par là l’apparition de professionnels de la politique qui vivent ‘’de la politique’’ et non pas ‘’pour la politique’’. Apparemment, il semblerait que les hommes neufs, issus de milieux modestes sont sensibles à la corruption car ils y voient un instrument de rapide mobilité, voire d’ascension sociale. Mais n’est-il pas plus difficile  de prouver la corruption dès lors qu’il n’y a pas d’échanges monétaires directs ce qui est plutôt le cas dans les affaires de corruption de haut vol ?

C’est donc un malaise, un fléau qui menace le monde et son caractère universel dénote l’incurabilité d’une maladie qui fait corps avec notre vie sociale au point qu’on est enclin à croire qu’elle est innée en nous. On dirait que le créateur avait maudit le genre humain en mettant à l’épreuve son intelligence si souvent mise à l’œuvre dans ses multiples tentatives de domination du monde scientifique. Les hommes font certes l’histoire mais ne pas éradiquer au niveau de leur intelligence un drame qui secoue les sociétés du monde semble un défi lancé à leur propre destinée.

La pire des corruptions, c’est d’abord le viol des foules. On adule le peuple et tout en abusant de sa bonne foi, on lui demande la permission tacite de parler en son nom et au nom de ses intérêts, puis on l’intègre à un système de participation de la vie politique comme pour lui dire qu’il est concerné au premier chef et qu’il peut traverser aisément le cap de ses vicissitudes pour retrouver son bien-être alors qu’il est réduit par psittacisme à proférer des slogans incantatoires qui lui donneront le droit au consentement de se taire devant les égarements amusés de la souveraine révolution. Allez donc confier au chef ou guide que tel ou tel a détourné des fonds publics, il vous répondra : « avez-vous perdu de l’argent ou quelque chose? Allez porter plainte ! ». Les vannes ainsi ouvertes la corruption est légitimée. Dans les bureaux de l’administration, on accueille avec bienveillance et d’une main facile les dessous de table. Aux carrefours des rues, sur les grands axes routiers, on rançonne les conducteurs, les chauffeurs de taxis ou de camions. Osez protester, s’il vous plaît ! Des gendarmes ou des gardes de la sécurité routière rétorqueront : « là-haut, on mange à la cuillère ; ici nous nous contentons d’une simple fourchette. Si vous n’êtes pas d’accord, allez vous plaindre à qui de droit».

Les pays industrialisés ont leur part de responsabilité souligne Transparency  International. « Ils n’ont aucune raison de faire preuve de complaisance, car l’utilisation de pots-de-vin et la facilitation de la corruption sont souvent le fait d’entreprises basées chez eux ».

Extrait de propos de Cosme Zinsou Quenum

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