Maxime Rovere : « La connerie a remplacé la violence en entreprise »

Auteur de l’essai Que faire des cons ? – Pour ne pas en rester un soi-même (Flammarion, 2020)

Extrait d’interview

Dans votre essai, vous affirmez que les cons arrivent souvent aux postes à responsabilités. Est-ce le pouvoir qui les rend cons ou bien le pouvoir attire-t-il davantage les cons ?

Les deux ! C’est un phénomène complexe, une réaction en chaîne. Les personnes médiocres, par définition, ne peuvent pas exceller dans ce qu’elles font, ce qui est source de frustration. Le pouvoir est une manière de se mettre en valeur soi-même sans en passer par l’excellence. Voilà pourquoi il est naturel que certains se tournent vers le pouvoir pour compenser leur médiocrité. Dans des organisations de plus en plus grandes, ces personnes vont donc rechercher le pouvoir et progressivement l’accumuler. Cela ne signifie pas que tous les chefs sont des cons et que toutes les organisations mettent les médiocres à leur tête. Mais souvent, les meilleurs éléments ne s’intéressent pas tellement au pouvoir. Le cas où ils finissent par prendre les rênes, parce qu’ils sont portés par une vision, constitue plutôt une exception. Ce n’est donc pas une anomalie d’avoir des cons à la tête d’une organisation, c’est le résultat d’une logique statistique…

« Une entreprise ne doit donc pas nécessairement se donner pour objectif “zéro con”. Elle doit accueillir la connerie pour la corriger en permanence » – Maxime Rovere

Pourquoi les cons gagnent-ils presque à tous les coups ?

C’est la force du désordre contre l’ordre. Il est beaucoup plus facile de produire du désordre, de répandre la connerie. Les cons vont créer des effets qu’ils ne maîtrisent pas – il y a toujours une partie qui leur échappe. C’est là où, quelque part, ils ne gagnent pas vraiment. Mais malgré tout, ils se révèlent quand même beaucoup plus efficaces dans leur défaut de maîtrise que ceux qui essayent d’organiser les choses.

Concrètement, quelles solutions peut-on mettre en œuvre à l’échelle individuelle et collective pour lutter contre la connerie ?

Il faut accepter qu’il y aura toujours de la connerie dans la mesure où celle-ci naît des interactions. Une entreprise ne doit donc pas nécessairement se donner pour objectif « zéro con ». Elle doit accueillir la connerie pour la corriger en permanence, de la manière la plus efficace, la moins douloureuse possible, pour faire en sorte que les personnes qui la composent se vivent comme des humains. Et individuellement, nous devons lutter contre nos propres systèmes de normes, limiter les normes que nous imposons aux autres à ce qui va nous servir à avoir des interactions fructueuses. Par ailleurs, je pense que tout le monde devrait se mettre à la philosophie, à lire Sénèque ou Krishnamurti ! Parce que c’est en explorant la réalité humaine que l’on devient quelqu’un de bien, que l’on vit mieux sa propre vie.

Article édité par Clémence Lesacq

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